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  1. 1.       Dans les groupes et temps de rencontre au RWLP, les personnes qui connaissent la pauvreté et l’appauvrissement expriment depuis longtemps les choses suivantes  qui ont un lien avec la notion de « test d’impact de la pauvreté ». Ces quelques apports et réflexions montrent que les personnes ont une vision sur la manière dont elles sont associées, invitées à participer à ce stade aux divers processus qui font les lois/les réglementations/les décrets et aux divers processus qui mettent des politiques en application.

 

Les gens expriment :

 

  • « Les politiques nous écoutent, nous reçoivent, mais le plus souvent ça s’arrêtent là…ils ne nous associent pas (ou très peu) aux suites de leur travail sur le logement ou sur la santé, ou l’enseignement, etc… »
  • « On a l’impression d’être des utilisés aux moments qui les arrangent »
  • « Il faudrait leur dire… ou leur redire … que nous écouter c’est bien, mais qu’ils ne doivent pas croire que s’ils s’arrêtent à ça il font de la lutte contre la pauvreté… »
  • « nous, on aimerait avoir notre mot à dire quand ils discutent d’une loi qui va avoir des conséquences pour nous… »

Dans les groupes de travail au RWLP, les gens parlent souvent des effets pervers, des effets culpabilisants, des effets « repoussoir » de décisions prises même parfois quand elles sont généreuses au départ. Nous constatons qu’il y a des décisions politiques et administratives qui :

  • ne tiennent pas compte d’un risque d’appauvrissement ou qui au contraire vont l’aggraver de fait : le bel exemple la réforme du chômage, dégressivité, allongement du stage d’insertion ; etc
  • cherchent à régler des symptômes et pas les causes : apprendre à des personnes à faire des économies d’énergie quand elles vivent dans un logement qui chauffe l’extérieur et sur lequel elles n’ont pas de pouvoir ; régler la question de l’endettement de familles qui gèrent très bien mais avec trop peu à travers des services de médiation de dette ou autres) ou éviter les effets négatifs pour d’autres du fait que les gens soient pauvres ; etc
  • se pensent éducatives et responsabilisantes alors qu’elles font perdre des droits, culpabilisent, ne reconnaissent pas les compétences des gens et leur lutte, et le plus souvent apportent leur aide non-pas à la population concernée mais à un tiers intéressé : les compteurs à budget qui font que si on n’a pas d’argent on n’a plus d’électricité ; la disposition qui dit que les écoles doivent annoncer les coûts des frais scolaires au début de l’année, ce qui ne réduit en rien la facture annuelle pour le ménage, qui peut culpabiliser « car vous saviez », qui engage peu les écoles vers d’autres méthodes ; etc
  • cherchent à être adaptées et généreuses mais qui sont complexes et peu accessibles à tous, et donc échappent aux populations visées au départ : l’accès à certaines primes ; les politiques de prévention en matière de santé ; l’accès aux titres-service pour les familles monoparentales ; etc.

On constate aussi qu’il y a un délitement de l’application de droits en matière sociale dans certaines endroits/institutions, à partir de certains acteurs, et ceci semble aller croissant, même si d’autres, au contraire, tentent d’appliquer les dispositifs législatifs au maximum au profit des gens. Nous ne généralisons donc pas. Mais on ne peut taire le fait que des droits d’évidence aujourd’hui ne sont plus nécessairement appliqués. Exemple : des refus de RIS ou autres formes d’aides sociales au Cpas qui obligent les gens à aller en recours, ce qu’ils ne font pas nécessairement… d’où perte de droit ; la suspicion de plus en plus fréquente portée sur les gens (on a des exemples au Forem, dans l’enseignement, etc).

Une vision par rapport aux déterminants de la santé et à la notion d’égalité, et donc pourquoi pas une vision par rapport aux déterminants de la pauvreté et de l’appauvrissement, de la pauvreté durable ?

  • Lors du Colloque participatif « inégalités et santé » organisé par la Fédération des Maisons Médicales, le Centre Local de Promotion de la santé de Namur, le RWLP, le 27 novembre 2013, avec la participation de Richard Wilkinson[1], des personnes témoins du vécu/militantes ont pris la parole de façon forte pour montrer l’impact de la pauvreté sur la santé entendue dans son sens large[2]. A la lecture, ou l’écoute[3], on peut constater que les personnes qui subissent la pauvreté ou l’appauvrissement, ont une vision assez claire de l’impact des « déterminants de la santé » sur l’appauvrissement et sur la pauvreté durable.

 

Une récente interpellation forte adressée aux politiques pour qu’ils décident de considérer la lutte contre la pauvreté comme un chantier sérieux, transversal et participatif :

 

  • Tout récemment, Eddy Houdart, une personne témoin du vécu/militant à interpellé les présidents de partis à ce sujet dans le cadre de la campagne électorale, dans l’enceinte du Parlement Wallon, au nom des témoins du vécu/militants qui s’investissent dans le RWLP[4]. Comme on peut le lire ou l’entendre[5], les personnes s’impatientent du fait de ne pas voir des processus et procédures évoluer plus rapidement pour aller vers des réponses plus adéquates, plus rapidement.

Des processus ou travaux à la croisée du chemin de la recherche, du monde académique et d’administrations, parfois avec la participation des personnes en situation de pauvreté, qui alimentent aussi les réflexions du RWLP :

  • le travail réalisé par Anne-Catherine Guio publié  par l’Iweps[6] en octobre 2013, à partir de données chiffrées , auquel elle a associé le RWLP notamment en intégrant des extraits de travaux de celui-ci mais aussi en le consultant au cours de son travail, démontre également l’impact des politiques structurelles sur les conditions de vie des populations, et montrent notamment l’urgence pour la Wallonie en particulier (les données sur Bruxelles étant moins nombreuses) ;
  • le RWLP a fait la proposition au Conseil économique et social de Wallonie de s’intéresser activement à la question
  • Il y a d’ailleurs d’autres travaux en cours actuellement comme celui qui porte sur les nouveaux indicateurs complémentaires au PIB (à partir du travail fait par la Fédération des Cpas, à la demande du cabinet Nollet, notamment avec LST) ;
  • Il y a également à voir du côté des pratiques de la Dics en matière d’évaluation de certaines politiques publiques en relation avec l’Iweps.

Le RWLP et les personnes en situation de pauvreté, témoins du vécu/militants, sont parfois consultés/auditionnés par des parlementaires, par un cabinet ministériel, par une administration, par un groupe de travail politique, par une commission, etc.

  • Si c’est positif d’être interpellé ou d’être reçu parce qu’on l’a sollicité, et si on doit constater que c’est plus fréquent qu’auparavant et que dans ce contexte les personnes en situation de pauvreté sont de plus en plus régulièrement écoutées, c’est irrégulier, sporadique, en fonction de l’agenda politique et de leurs urgences, et surtout morcelé et non-inscrit dans une stratégie transversale et permanente.

Dans les groupes et les projets, loin de faire des catégories entre les personnes, le RWLP parle : de pauvreté, de pauvreté durable (lorsque les gens sont « abandonnés » dans des conditions de vie indignes depuis longtemps et ont développé des habitudes de vie dans le trop peu, pour supporter le trop peu et tenir, cela enclenchant la reproduction de ces manières de vivre) ; d’appauvrissement (afin de marquer la question du processus : « On ne tombe pas pauvre, comme on ne tombe pas enceinte. Il y a des faits et un processus qui provoque ça »).

  • Ceci nous semble très important car cela montre bien que ce ne sont pas les gens qui sont la cause de leur état de pauvreté, mais qu’ils subissent et intègrent les conditions d’existence que le cadre sociétal permet ;
  • Et cela montre que le processus d’appauvrissement et la reproductibilité de la pauvreté sont bien la conséquence du cadre sociétal en charge de l’organisation collective et de la recherche de l’égalité par l’accès aux droits ;
  • La responsabilité de la décision politique est donc majeure pour enrayer ces processus, et pas du tout uniquement en matière de politiques sociales.

Ce premier apport, cette première réflexion du RWLP, alimente sa position qui est :

  • qu’il faut aller vers un dispositif du type « Test d’impact de pauvreté » ;
  • qu’il faut y penser la participation des personnes concernées et des associations qui travaillent avec elles à la lutte structurelle contre la pauvreté ;
  • qu’il y a une urgence à évoluer vers des outils qui engagent à une lutte transversale et structurelle contre la pauvreté et l’appauvrissement qui soit évaluable pour se donner une stratégie réelle.
  • Pour la Wallonie, le RWLP a mis au cœur de ses recommandations pour les élections 2014, l’urgence de s’attaquer positivement et fortement à la lutte contre la pauvreté[7]. Deux extraits de l’ensemble de ceux que le RWLP évoqués dans cette recommandation centrale :

« (…) Que les prochains élus (…) :

décident de la création d’un TEST de « garantie d’amélioration des conditions de vie, de réduction des inégalités et de réduction de la pauvreté », applicable lors de l’évolution ou la création de nouveaux dispositifs législatifs dans le cadre des politiques structurelles tant en Wallonie qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce test doit prévoir de véritables simulations afin d’éviter les effets pervers potentiels dont le fait que les dispositifs envisagés n’atteindraient pas leur cible ou entreraient en contradiction avec une autre réglementation annulant ainsi les effets positifs escomptés.

 

créent UN CADRE STRUCTUREL PERMANENT pour que les acteurs pertinents et concernés (les ressources humaines, les recherches, les compétences, les expérimentations positives sont très nombreuses), DONT LES ASSOCIATIONS DE BASE ET LES PERSONNES CONCERNÉES PAR LA PAUVRETÉ, apportent leur expertise pour favoriser la décision politique dans le cadre de ce chantier et ce plan stratégique. »

  1. 2.       Le RWLP, tout comme BAPN et EAPN, ainsi que d’autres acteurs associatifs, défendent la participation effective des populations qui connaissent ou ont connu la pauvreté, la pauvreté durable, l’appauvrissement. Ceci parce que l’expertise des personnes constitue un élément essentiel, aux côtés des autres apports, pour aller vers de bonnes prises de décision et de mise en pratique. C’est aussi ce qui est réclamé aujourd’hui par pas mal de citoyens
  • Dans le cadre de la réflexion et éventuelle construction d’un tel test, il est alors indispensable de penser aussi les moyens des associations et acteurs mobilisateurs de participation dès le début. En effet la participation suivie, constante, intelligente et complémentaire nécessite des moyens pour toutes les parties engagées dans le cadre du projet. La participation, c’est du temps, ce sont des rythmes, c’est de l’information/formation, c’est de l’accès à la connaissance, c’est du travail de production, c’est de la présence dans certains endroits, etc. Les personnes témoins du vécu/militantes au sein du RWLP, ont aussi leur « agenda de leur vie – survie », il faut pouvoir en tenir compte aussi ;
  • Il serait pertinent que la mise en place d’un tel dispositif montre l’exemple par la pratique, afin d’inciter les acteurs en charge des politiques structurelles de s’engager dans cette voie.
  1. 3.       Pour la suite, les personnes et le RWLP ont beaucoup de questions et sont prêts à collaborer à des travaux dans ce sens. Nous poursuivons par ailleurs ce travail entamé au sein du RWLP au cours de la prochaine législature. Ce sont des questions non-hiérarchisées à ce stade et issues de premières discussions :

 

  • Que veut-on dire quand on parle d’un test ? un document où on remplit des cases par une croix en fonction de l’impression de la personne qui est en charge de cela à un endroit donné ? Pour certaines politiques essentielles, est-ce que cela pourrait aller jusqu’à tester une politique pendant un temps, avec des indicateurs clairs d’ évaluation d’amélioration des conditions de vie pour les personnes qui connaissent la pauvreté, puis adaptations, corrections, révisions ?... etc.
  • Dans quel esprit le test doit-il se créer : esprit évaluatif de ce qui se fait pour faire évoluer et adapter ; et/ou esprit créatif, soit appliqué à la création de nouveaux dispositif législatifs ; et/ou s’inscrire aussi dans les réflexions prospectives menées à partir d’acteurs cités ci-dessus et d’autres ? Il nous semble qu’il faut penser aux trois aspects… sans doute avec une progressivité
  • Si ce test devait s’appliquer à toutes les politiques structurelles, y compris les politique sociale, et à réfléchir sur plusieurs balises… :

-          Pour sortir de la pauvreté durable : soit appliqués à des politiques sociales d’accompagnement pour les personnes qui sont restées durablement et longtemps dans la pauvreté ;

-          Pour réduire l’appauvrissement et pour garantir de ne pas y glisser ;

-          Pour garantir la mise en pratique de « l’égalité est meilleure pour tous »

  • Ce test devrait-il cibler des politiques structurelles centrales en priorité ou par phasage, tels le logement et l’énergie, l’enseignement, les politiques familiales et de la petite enfance, les politiques sociales … etc… quelle priorisation ?
  • Dans le cadre d’un tel test, quelle qu’en soit sa forme, comment garantir la confidentialité, la protection de la vie privée, mais surtout comment ne pas retourner contre les personnes les conséquences de ce qui y est découvert ? soit comment gérer la prise de risque, quelles transparences jusqu’à quel point ? Soit comment créer les conditions de la confiance dans la récolte d’informations, dans la pratique expérimentale, etc.
  • Avec quelles feuilles de route précises, suivant une série de critères, etc… quel niveau d’exigence (exemple concernant le genre : il y a à tirer des résultats positifs mais aussi des stagnations, des pratiques par obligations et réflexes que par convictions). Ne faut-il pas tirer la substance des éléments positifs et négatifs de ces pratiques pour s’en nourrir ?
  • Pour un réel impact, à quel endroit un tel test devrait se situer dans les processus de construction des politiques publiques et pour la prise de décision : parlement, exécutifs ? Ceci tant en Wallonie, qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, et qu’au Fédéral… ? Ou de façon croisée ?
  • Si un tel test se développe, il faudrait aussi sensibiliser les administrations, les diverses commissions qui se prononcent sur les dispositifs législatifs ?
  • Pour la Wallonie, quels seraient, (pourraient être) les rôles de l’IWEPS, du CESW, de l’Observatoire de l’enfance et la jeunesse et de l’aide à la jeunesse (OEJAJ), etc. … quid du lien aves les acteurs en charge de la simplification administrative, de l’automatisation de droits, de la création d’une banque Carrefour wallonne, des politiques transversales, etc, … dans ce cadre. Bref, comment articuler les ressources, les outils… comment ne pas créer un lieu spécifique et surtout comment l’inscrire dans une logique transversale et ne pas le dédicacer uniquement aux politiques sociales ?
  • Et comment garantir le processus participatif réel  avec les personnes concernées et les associations qui les accompagnent : dans le tempo, la forme, l’endroit où cela se concrétiserait, etc ?
  • Dans quelle stratégie et phasage construire ce dispositif, en commençant maintenant, sans reporter, conscient que c’est un grand chantier, mais sans doute une pièce indispensable pour s’attaquer à la pauvreté ?

 


[1] Son livre «  L’égalité est meilleure pour tous ! »

[2] Voir texte de la prise de parole du groupe de témoins du vécu/militants en annexe 1

[3] https://vimeo.com/92591880; https://vimeo.com/92242447; https://vimeo.com/92242446

[4] Voir texte d’Eddy Houdart en annexe 2

[5] http://www.canalc.be/elections-le-debat-des-presidents/ intervention à 1 :02 :24

[6] http://www.iweps.be/sites/default/files/wp16.pdf

[7] Le programme-recommandations pour les élections 2014 en annexe 4

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